René Bazin à Onnaing

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Il y a eu un grand écrivain un peu oublié aujourd'hui qui en son temps n'avait rien trouvé de mieux que de faire évoluer une partie de l'histoire de son livre à Onnaing même.

René Bazin, angevin de naissance a eu son heure de gloire entre la fin du XIXème siècle et le premier tiers du vingtième. Ses productions traitaient souvent de son époque, des mentalités et de la vie de la France profonde, du terroir.

C'est en 1903 qu'il parvint à se faire élire à l'académie française.

En 1907 il fait publier « Le blé qui lève », roman dans la droite ligne des précédents. Si l'action principale se déroule dans le Nivernais (région de Nevers dans la Nièvre), le personnage principal se trouve à un moment donné dans une ferme dans le Nord de la France. celle-ci se situe à Onnaing qui est cité plusieurs fois dans l'ouvrage.

Comme pour le poème de Rimbaud nous ne voulons pas faire une longue et fastidieuse étude de texte mais nous concentrer sur les extraits où Onnaing est évoqué en toutes lettres.

 « L’après-midi fut employé par Gilbert à soigner ses bêtes et à visiter la cité rurale du Pain-Fendu.
 Le bouvier nivernais avait vu de belles fermes, certes, et des exploitations plus luxueuses peut être, 
 mais nulle part il n’avait rencontré, sous un  seul fermier, un domaine aussi étendu, d’aussi vastes étables, 
 autant de matériel, ni cet air d’industrie, d’usine, qui était ici, dans ce coin frontière, l’expression 
 âpre et souffrante de la terre elle-même. Car, venant de la gare, distante d’un kilomètre, il s’était 
 senti bien étranger dans ce pays sans haies, tout plat, où l’horizon était court cependant, à cause du 
 jour laiteux qui buvait les lointains et d’où sortaient seulement des silhouettes imprécises de villages, 
 hérissées de cheminées d’usines, des fragments de faubourgs tombés dans la campagne. 
 Il ignorait les noms ; il savait seulement que le gros amas de maisons, presque une ville, 
 qu’il avait traversé,s’appelait Onnaing. »
 « Le soleil et les mouches faisaient meugler et se démener les bêtes parquées dans la grande cour, 
 et l’odeur du fumier se levait entre les murs. Les chariots à quatre roues, qui avaient transporté 
 les gerbes des derniers chaumes, rentrèrent, dans un halo de poussière blonde. On entendit des jurons, 
 des bruits de chaînes traînées, des pas de chevaux et de boeufs, martelant au passage le seuil des portes. 
 Puis les bouviers qui logeaient à Onnaing ou à Quarouble quittèrent la ferme. »
 « Il comparait, avec ce passé, ce qu’il venait d’apprendre du pays des Picards, et il concluait : 
 «Pourquoi suis-je venu à Onnaing, plutôt qu’à Lyon, ou dans les environs de Paris, ou sur les plateaux 
 de la Champagne où les sucriers sont connus aussi ? » Et il ne trouvait aucune raison, et à cause de cela, 
 il se sentait bien l’étranger, que rien n’accueille, et que rien ne retient. »
 « Le lendemain, dimanche, lui si économe, il sortit dès que ses bêtes eurent été soignées, déjeuna et dîna 
 dans un estaminet d’Onnaing, et ne rentra à la ferme que pour la nuit. Toute la journée, il avait erré, seul, 
 comme un soldat qui arrive dans une garnison, sur la route de Valenciennes, et dans les quartiers enfumés 
 qui avoisinent la gare. »
 « Dans les terres détrempées, Gilbert et ses camarades conduisaient maintenant les chariots à quatre roues, 
 remplis de betteraves, jusqu’à la sucrerie d’Onnaing. Les six bœufs nivernais n’étaient pas de trop pour 
 arracher la voiture aux ornières que l’énorme poids creusait sous le cercle de fer des roues. 
 Il fallait s’arrêter pour faire souffler les bêtes. »
 « Le dimanche 21 octobre fut pour lui un jour de répit et presque un jour joyeux. Vers dix heures et
 demie, le bouvier prit, à Onnaing, le tramway qui vient de Valenciennes, et, en une demi-heure, il
 était en Belgique. »
 « Le tramway l’eut bientôt mené à Onnaing. Alors, Gilbert fut saisi par l’angoisse. Il allait revoir 
 la ferme du Pain-Fendu.  Jusqu’alors, cette pensée avait seulement traversé son esprit, vite, entre deux 
 longs moments de calme, comme une giboulée. 
 Maintenant, elle ne le quittait plus ; ne fallait-il pas rentrer, régler les comptes, reprendre les quelques 
 hardes laissées  dans la bauge ? Il s’engagea dans la rue qui passe devant l’église. Dans les usines, 
 le feu des fours s’éteignait. 
 Aux portes, des enfants mangeaient un morceau de pain avant de se coucher ; des hommes se tenaient debout, 
 respirant la nuit, après tant d’heures d’atelier ; ils étaient éclairés en arrière par les lampes, et leurs 
 vêtements pendaient en plis mous, las comme eux, le long de leurs corps »
 Coupant à travers champs, il se dirigea vers une petite porte percée dans l’enceinte du Pain-Fendu, 
 du côté d’Onnaing. Elle n’était heureusement pas fermée au verrou. Il n’eut qu’à soulever le panneau de bois, 
 en se servant d’une pierre comme d’un levier, et la porte tourna sur les gonds. Le verger était désert, 
 et désert le large couloir que bordaient les magasins, la forge, la première étable. Gilbert en arrivant dans 
 le bas de la cour, ne vit qu’un seul homme autour du parc à fumier où les boeufs de Picardie dormaient : 
 un journalier qui ne reconnut pas la silhouette du Nivernais, et qui se remit à verser la pulpe dans les mangeoires. 
 Il s’abrita un moment derrière le pilier d’angle du hangar. On entendit la voix de Heilman, dans la salle à manger, 
 puis dans le corridor. Sur le seuil, le contremaître parut. Gilbert le vit serrer la main d’un domestique qui, 
 le souper fini, regagnait le village. Il s’avança rapidement, traversa la cour, monta les marches du perron ».
 « Les champs le revirent bientôt sur leurs guérets détrempés, puis sur le chemin qui mène à
 Onnaing. Les champs étaient nivelés et nus. Le village dormait. Quelques fumées traînaient
 encore, plus noires que l’ombre et couchées par le vent d’est. L’homme ne pensait plus à la ferme
 qu’il quittait. Toute son imagination et tout son coeur étaient dans la Nièvre. »


À la lecture de ces extraits on ne peut qu'être frappé de l'étalage de détails de Bazin quand il décrit l'atmosphère onnaingeoise en ce début de siècle et surtout l'intérêt qu'il porte à la Ferme du Pain-Fendu qui dans la réalité n'a pas existé sous ce nom mais qui a été inspirée d'une véritable ferme de la ville : la ferme Drion. Cette ferme située près du château Deslinsel était elle même une ancienne dépendance de l'abbaye de Vicoigne érigée en « cense » c'est-à-dire une sorte d'exploitation agricole au Moyen Age.

Devant tout cette description et cette réalité, il est presque sur que notre académicien est passé à Onnaing et qu'il a pu la visiter presque incognito. La notoriété en ce début de Xxème siècle n'a rien à voir avec celle actuelle où les médias véhiculent rapidement une image.

Pour le moment nos recherches n'ont pas permis de savoir la date exacte de son voyage et des informations supplémentaires qu'il a pu recueillir mais à voir la place qu'il a accordé à Onnaing dans son livre il est évident qu'il a été durablement marqué par cette visite.

Ce sera certainement l'occasion pour Histoire et Vie d'Onnaing de continuer à rechercher ses racines dans le futur et à creuser un peu plus le travail de René Bazin.

Enfin pour information le livre « Le blé qui lève » est désormais accessible librement car passé dans le domaine public. Internet possède des éditions lisibles sur son PC ou sa tablette (lien ci-dessous), n'hésitez pas à lire cet ouvrage qui vous téléportera dans une époque révolue et à sentir, ressentir l'odeur de notre terroir rural.

«Le blé qui lève» 
http://www.gutenberg.org/ebooks/31154

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