Joseph Cabris : Différence entre versions

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**Joseph Kabris** (parfois orthographié **Cabri** ou **Kabrit**), né à Bordeaux en 1780 et mort à Valenciennes le 23 septembre 1822, est un marin français. Il est principalement connu pour avoir vécu plusieurs années aux îles Marquises, où il fut intégralement tatoué et intégré à la société autochtone, avant de finir sa vie comme phénomène de foire en Europe sous le nom de « Prince tatoué ».
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Joseph Kabris (parfois orthographié Cabri ou Kabrit), né à Bordeaux en 1780 et mort à Valenciennes le 23 septembre 1822, est un marin français. Il est principalement connu pour avoir vécu plusieurs années aux îles Marquises, où il fut intégralement tatoué et intégré à la société autochtone, avant de finir sa vie comme phénomène de foire en Europe sous le nom de « Prince tatoué ».
  
 
== Jeunesse et premières campagnes (1780-1795) ==  
 
== Jeunesse et premières campagnes (1780-1795) ==  
Originaire de Bordeaux, Joseph Kabris s'engage très jeune dans la marine. À l'âge de 13 ou 14 ans, il embarque sur le corsaire d'État *Le Général Dumouriez*. Après avoir participé à la capture d'un galion espagnol, son navire est intercepté par une escadre anglaise. Kabris est fait prisonnier et interné pendant quinze mois sur les pontons de Portsmouth, des prisons flottantes aux conditions de vie extrêmement précaires.
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À l'âge de 13 ou 14 ans, il embarque sur le corsaire d'État ''Le Général Dumouriez''. Après avoir participé à la capture d'un galion espagnol, son navire est intercepté par une escadre anglaise. Il est fait prisonnier et interné pendant quinze mois sur les pontons de Portsmouth, des prisons flottantes aux conditions de vie extrêmement précaires.
  
En 1795, il recouvre la liberté en s'enrôlant dans les armées royalistes pour participer à l'expédition de Quiberon. Blessé lors des combats contre les troupes républicaines, il parvient à s'échapper à la nage pour rejoindre une frégate anglaise, *Le Diamant*, qui le ramène en Angleterre.
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En 1795, il recouvre la liberté en s'enrôlant dans les armées royalistes pour participer à l'expédition de Quiberon. Blessé lors des combats contre les troupes républicaines, il parvient à s'échapper à la nage pour rejoindre une frégate anglaise, ''Le Diamant'', qui le ramène en Angleterre.
  
 
== Séjour aux îles Marquises (1795-1804) ==
 
== Séjour aux îles Marquises (1795-1804) ==
Après sa convalescence, il s'embarque sur un baleinier, le *London*, qui quitte Portsmouth le 8 mai 1795 à destination du Pacifique. En 1798, il déserte (ou fait naufrage selon ses propres récits) sur l'île de Nuku Hiva, en compagnie d'un autre marin.
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Après sa convalescence, il s'embarque sur un baleinier, le ''London'', qui quitte Portsmouth le 8 mai 1795 à destination du Pacifique. En 1798, il déserte (ou fait naufrage selon ses propres récits) sur l'île de Nuku Hiva, en compagnie d'un autre marin.
  
D'abord craintif à l'idée d'être victime d'anthropophagie, Kabris est finalement intégré à la tribu des Te I'i. Il s'illustre lors de guerres tribales et gagne les faveurs du roi local, qui lui donne sa fille en mariage. Il reçoit alors des tatouages couvrant l'intégralité de son corps et de son visage, et se voit investi de la charge de « grand juge », symbolisée par un tatouage spécifique sur les paupières.
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D'abord craintif à l'idée d'être victime d'anthropophagie, il est finalement intégré à la tribu des ''Te I'i''. Il s'illustre lors de guerres tribales et gagne les faveurs du roi local, qui lui donne sa fille en mariage. Il reçoit alors des tatouages couvrant l'intégralité de son corps et de son visage, et se voit investi de la charge de « grand juge », symbolisée par un tatouage spécifique sur les paupières.
  
En mai 1804, l'expédition russe menée par Adam Johann von Krusenstern fait escale à Nuku Hiva. Kabris sert d'interprète et de guide aux marins russes, bien qu'il ait alors presque oublié sa langue maternelle.
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En mai 1804, l'expédition russe menée par {{WP|Adam Johann von Krusenstern}} fait escale à Nuku Hiva. Kabris sert d'interprète et de guide aux marins russes, bien qu'il ait alors presque oublié sa langue maternelle.
  
== #### Exil en Russie (1804-1817) ==
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; 18 mai 1804 : Kabris quitte l'île à bord du navire russe ''Nadejda''. Selon certaines sources, il aurait été enlevé par surprise alors qu'il se trouvait à bord, incapable de regagner la terre avant l'appareillage. Après une escale au Kamtchatka en août 1804, il traverse la Sibérie pour rejoindre Saint-Pétersbourg.
Le 18 mai 1804, Kabris quitte l'île à bord du navire russe *Nadejda*. Selon certaines sources, il aurait été enlevé par surprise alors qu'il se trouvait à bord, incapable de regagner la terre avant l'appareillage. Après une escale au Kamtchatka en août 1804, il traverse la Sibérie pour rejoindre Saint-Pétersbourg.
 
  
Présenté comme une curiosité au tsar Alexandre Ier, il entre à son service. Pendant treize ans, il occupe le poste de maître de natation à l'école navale de Kronstadt. Durant cette période, il se remarie avec une Française nommée Ariane et fréquente les cercles intellectuels russes, bien que s'exprimant dans un mélange confus de français, de russe et de marquisien.
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Présenté comme une curiosité au tsar Alexandre Iᵉʳ, il entre à son service. Pendant treize ans, il occupe le poste de maître de natation à l'école navale de Kronstadt. Durant cette période, il se remarie avec une Française nommée Ariane et fréquente les cercles intellectuels russes, bien que s'exprimant dans un mélange confus de français, de russe et de marquisien.
  
== #### Retour en France et fin de vie (1817-1822) ==
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; 26 juin 1817 : Kabris obtient l'autorisation de rentrer en France et débarque à Calais. Bien qu'il soit présenté au roi Louis XVIII, il ne reçoit qu'une faible gratification et tombe rapidement dans la misère.
Kabris obtient l'autorisation de rentrer en France et débarque à Calais le 26 juin 1817. Bien qu'il soit présenté au roi Louis XVIII, il ne reçoit qu'une faible gratification et tombe rapidement dans la misère.
 
  
 
Pour subvenir à ses besoins et dans l'espoir de financer un retour aux îles Marquises, il s'exhibe dans les foires et les cabinets de curiosités à Paris puis en province. Vêtu de ses attributs de « roi de Nuka-Hiva », il montre ses tatouages au public et vend des brochures autobiographiques racontant ses aventures.
 
Pour subvenir à ses besoins et dans l'espoir de financer un retour aux îles Marquises, il s'exhibe dans les foires et les cabinets de curiosités à Paris puis en province. Vêtu de ses attributs de « roi de Nuka-Hiva », il montre ses tatouages au public et vend des brochures autobiographiques racontant ses aventures.
  
Épuisé et malade, il meurt à l'hôpital de Valenciennes le 23 septembre 1822, à l'âge de 42 ans. Pour éviter que son corps ne soit déterré par des collectionneurs souhaitant récupérer sa peau tatouée, il est enterré dans une fosse commune entre deux autres défunts.
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; 23 septembre {{A|1822}} : Épuisé et malade, il meurt à l'hôpital de {{C|Valenciennes}}, à l'âge de 42 ans. Pour éviter que son corps ne soit déterré par des collectionneurs souhaitant récupérer sa peau tatouée, il est enterré dans une fosse commune entre deux autres défunts.
  
== #### Postérité ==
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== Postérité ==
  
La vie de Joseph Kabris a fait l'objet de nombreuses études sociologiques et historiques, notamment par Christophe Granger dans son ouvrage *Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie* (2020), qui analyse son parcours comme celui d'un individu s'adaptant perpétuellement à des contextes sociaux radicaux.
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La vie de Joseph Kabris a fait l'objet de nombreuses études sociologiques et historiques, notamment par Christophe Granger dans son ouvrage « Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie » (2020), qui analyse son parcours comme celui d'un individu s'adaptant perpétuellement à des contextes sociaux radicaux.
  
 
== Sources ==
 
== Sources ==
  
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* https://journals.openedition.org/teth/3744
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* https://vals1000.blogspot.com/2023/02/qui-est-ce-corsaire-devenu-prince-qui.html
  
  
 
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Version actuelle en date du 19 avril 2026 à 19:56


Joseph Kabris

Joseph Kabris (parfois orthographié Cabri ou Kabrit), né à Bordeaux en 1780 et mort à Valenciennes le 23 septembre 1822, est un marin français. Il est principalement connu pour avoir vécu plusieurs années aux îles Marquises, où il fut intégralement tatoué et intégré à la société autochtone, avant de finir sa vie comme phénomène de foire en Europe sous le nom de « Prince tatoué ».

Jeunesse et premières campagnes (1780-1795)

À l'âge de 13 ou 14 ans, il embarque sur le corsaire d'État Le Général Dumouriez. Après avoir participé à la capture d'un galion espagnol, son navire est intercepté par une escadre anglaise. Il est fait prisonnier et interné pendant quinze mois sur les pontons de Portsmouth, des prisons flottantes aux conditions de vie extrêmement précaires.

En 1795, il recouvre la liberté en s'enrôlant dans les armées royalistes pour participer à l'expédition de Quiberon. Blessé lors des combats contre les troupes républicaines, il parvient à s'échapper à la nage pour rejoindre une frégate anglaise, Le Diamant, qui le ramène en Angleterre.

Séjour aux îles Marquises (1795-1804)

Après sa convalescence, il s'embarque sur un baleinier, le London, qui quitte Portsmouth le 8 mai 1795 à destination du Pacifique. En 1798, il déserte (ou fait naufrage selon ses propres récits) sur l'île de Nuku Hiva, en compagnie d'un autre marin.

D'abord craintif à l'idée d'être victime d'anthropophagie, il est finalement intégré à la tribu des Te I'i. Il s'illustre lors de guerres tribales et gagne les faveurs du roi local, qui lui donne sa fille en mariage. Il reçoit alors des tatouages couvrant l'intégralité de son corps et de son visage, et se voit investi de la charge de « grand juge », symbolisée par un tatouage spécifique sur les paupières.

En mai 1804, l'expédition russe menée par Adam Johann von Krusenstern (Wikipédia) fait escale à Nuku Hiva. Kabris sert d'interprète et de guide aux marins russes, bien qu'il ait alors presque oublié sa langue maternelle.

18 mai 1804 
Kabris quitte l'île à bord du navire russe Nadejda. Selon certaines sources, il aurait été enlevé par surprise alors qu'il se trouvait à bord, incapable de regagner la terre avant l'appareillage. Après une escale au Kamtchatka en août 1804, il traverse la Sibérie pour rejoindre Saint-Pétersbourg.

Présenté comme une curiosité au tsar Alexandre Iᵉʳ, il entre à son service. Pendant treize ans, il occupe le poste de maître de natation à l'école navale de Kronstadt. Durant cette période, il se remarie avec une Française nommée Ariane et fréquente les cercles intellectuels russes, bien que s'exprimant dans un mélange confus de français, de russe et de marquisien.

26 juin 1817 
Kabris obtient l'autorisation de rentrer en France et débarque à Calais. Bien qu'il soit présenté au roi Louis XVIII, il ne reçoit qu'une faible gratification et tombe rapidement dans la misère.

Pour subvenir à ses besoins et dans l'espoir de financer un retour aux îles Marquises, il s'exhibe dans les foires et les cabinets de curiosités à Paris puis en province. Vêtu de ses attributs de « roi de Nuka-Hiva », il montre ses tatouages au public et vend des brochures autobiographiques racontant ses aventures.

23 septembre 1822 
Épuisé et malade, il meurt à l'hôpital de Valenciennes, à l'âge de 42 ans. Pour éviter que son corps ne soit déterré par des collectionneurs souhaitant récupérer sa peau tatouée, il est enterré dans une fosse commune entre deux autres défunts.

Postérité

La vie de Joseph Kabris a fait l'objet de nombreuses études sociologiques et historiques, notamment par Christophe Granger dans son ouvrage « Joseph Kabris ou les possibilités d'une vie » (2020), qui analyse son parcours comme celui d'un individu s'adaptant perpétuellement à des contextes sociaux radicaux.

Sources


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